Le dur et long chemin vers Creel

Nous partons pour Creel, à l´assaut de la Sierra Madre… nous savons que cette étape va être éprouvante, nous n´avons pas idée à quelle point elle va être difficile pour deux novice en vélo comme nous. Malgré le soleil, les montées, le froid, l´altitude… il va nous falloir parcourir les presque 350km qui nous mèneront au sommet, nous permettrons de monter dans l´un des derniers trains de voyageurs du Mexique, le Cheppe et de découvrir la Barranca del Cobre. Nous allons traverser des paysages magnifiques et passer de la steppe désertique aux immenses forêts de pins, aller à la rencontre des petites communautés indigènes Tarahumaras au son des tam-tams qui annoncent l´arrivée de la semaine sainte et apprécier encore une fois la gentillesse et l´hospitalité des habitants de Chihuahua.

Premier jour, il y a la bonne route et la mauvaise route pour Balleza

La sortie de Parral est déjà fatiguante… la montée ne se fait pas attendre mais nous pédalons à bonne allure. Après 10km d´autoroute avec son lot de camions, de bus et de gaz d´échappement suffocant nous arrivons à un croisement. Il y a deux routes pour rejoindre Balleza, l´ancienne et la nouvelle nous dit-on. La différence ? L´ancienne, elle monte et elle descend et il y plein de virages et la nouvelle elle est plate et elle est plus courte. Ils ont réussi à faire une route plate dans la montagne ? Ils sont trop forts… « Il faudra tourner à droite à la petite maison dans 8km » nous dit le petit monsieur. Objectif de la matinée donc : rejoindre ce fameux croisement. Km8, km10, km12… toujours rien… km15… km20… km23 ! Ils sont toujours aussi bons en kilométrages.

Nous prendrons donc la « bonne route » au km23 au lieu-dit « la casita ». Et c´est avec une montée de deux kilomètres à environs 15% que nous démarrons… « Mais après la montée ce sera tout plat ». hum… Nous faisons quelques kilomètres de plus, il est 16h et nous en avons déjà plein les pattes des montagnes russes. Nous croisons la route de Sergio et partons dormir dans son ranch. Nous passons une soirée vraiment agréable avec lui et son frère. Il nous fait faire le tour de la ferme, nous montre la fabrication du fromage et nous fait gouter la viande séchée maison. Nous profitons encore une fois de la belle hospitalité Mexicaine.

Deuxième jour, « c´est que de la descente »

La nuit a été glaciale, ce matin l´eau a gelé. Cette première nuit a été difficile pour Poupette, le froid passe sous le matelas qui commence à rendre l´âme. Et puis il y a sa brulure aux lèvres qui ne guérit pas depuis une semaine. Réveil difficile et dans un état pitoyable… les pieds (sales) enveloppés dans sa cagoule en polaire, le corps recroquevillé pour essayer de garder un peu de chaleur et la lèvre collée au col du duvet… il y a des fois nous nous demandons vraiment pourquoi nous nous infligeons tout ça ! Mais nous sommes au Mexique, le ciel est bleu, les vaches meuglent et les oiseaux chantent. Il est 7h30, Sergio vient nous saluer, c´est l´heure de pédaler!

Nous sommes à 24km de Huejotitan, mais jusqu´à Balleza nous ne savons toujours pas combien il en reste. Nous quittons la ferme de Sergio et après que Poupette se soit fait coursée par un labrador énervé, la matinée se passe plutôt bien puisque nous faisons les 24km en 1h30 malgré les montagnes russes (la route n´est bien sûr pas plate du tout). Nous prenons un bon déjeuner bien mérité au restaurant « El compadre » avant de repartir.

Les fermiers du coin nous disent « c´est que de la descente jusque Balleza ». Mais combien y a-t-il de kilomètres, nous voudrions bien le savoir ! Sergio nous a dit « moi je suis a mis chemin entre Parral et Balleza » alors il devrait en rester 20 mais le tôlier nous dit « moi je suis a mis chemin entre la Casita et Balleza » alors il devrait en rester 36… on ne sait pas. A 200m un panneau indique Balleza 30km, nous sommes au kilomètre 34. Nous roulons… et au kilomètre 47, un panneau indique Balleza 22… ce qui nous rend perplexe : avance de 13km et recule de 5. Ça doit être un jeu Mexicain… En plus ce n´est que de la descente… lorsque ça ne monte pas !

Bref après plus de 60km éprouvants aujourd´hui nous arrivons à Balleza vers 17h. Nous nous installons dans une ferme un peu à l´écart de la route. C´est Angel, le gardien qui nous ouvre les portes de cette immense ferme où, en plus de l´élevage, l´on cultive la noix de pécan.

Troisième jour, Sierra Madre 1 – Poupette et Chou 0

Deuxième nuit difficile… nous dormions si bien… mais à 23h « Eh les amis, vous-ne voulez pas rentrer au chaud » Poupette sort la tête de la tente… « Mais on dors là et on a pas froid ! »… « Dis à ton copain de sortir je veux discuter avec lui »… apparemment Angel et son fils ont passé le début de soirée avec leur amie Tequila et on envie de « discuter »… nous les chassons poliment (ne pas froisser un Mexicain alcooliser…) mais ils nous ont coupé en plein élan… et à minuit nous avons droit à une version locale du poussin Piou avec la vache qui fait meuh, le cochon qui fait grouin, l´oie qui fait l´oie, le canard qui fait coin et le dindon gouglou et le mouton bêh… le réveil sera encore douloureux… d´autant qu´Angel et fils reviennent à la charge pour avoir la « discussion » que nous leur avons refusé hier soir… « Vous avez pas eu froid »… « Mais sinon vous n’avez pas eu froid »… « Et il fait froid dans votre pays ? »… nous remballons avec hâte car nos hôtes sont certes gentils mais un peu pesants.

« Creel 250 », c´est bien on avance. On nous a prévenu que la route allait être « difficile », nous nous attendons au pire… et bien nous aurons pire que ça ! Un soleil de plomb, pas une once d´ombre, pas de brise qui pourrait nous rafraichir… et de la montée… interminable… sur une route de montagne… des virages sans visibilité et des camions de bois… nous nous retrouvons fasse a des « mûrs » que nos montures ont bien du mal à franchir.

A midi, nous avons passé trois cols mais nous n´avons parcouru que 14 misérable kilomètres… dont environs la moitié à pied pour Poupette. Ce qui lui permet de se trouver un joli souvenir en bord de route…

Nous déjeunons a l´ombre et réfléchissons qu´à ce rythme-là… on ne va pas gagner ! Peut-être la route va elle « s´arranger », on ne va pas monter indéfiniment. A 13h nous tentons un départ… le soleil tape trop fort… nous attendons 14h…

Et c´est reparti, en montée encore et toujours… (en même temps la montagne ca grimpe, c´est sûr !) et bout de 10km, face à un nouveau col nous capitulons. Nous recherchons au milieu des virages un endroit où faire du stop (ce qui n´est pas évident) et nous n´attendons pas plus de 15 minutes avant qu´une camionnette nous emmène à Guachachi à quelques 70km de là. Et c´est au milieu d´immense forêts de pins que nous arrivons enfin au village pour y passer, nous l´espérons, une bonne nuit. Nous établissons le campement dans une scierie.

Quatrième jour, changement de décors

Et bien non… troisième nuit difficile pour Poupette à cause du froid. A un moment il va falloir se reposer. Nous partons tard ce matin, il est plus de 10h lorsque nous prenons la route.

Nous partons et évoluons dans la forêt de pins.

La route monte ET descend ce qui est plutôt agréable, nous avançons raisonnablement. Il est 12h00, nous avons fait 18km, et nous tombons sur un petit restaurant au milieu de nulle part : « doña Mary ». Un couple de personnes âgées nous accueille. « Ah, vous êtes revenus pour vivre avec nous ! », apparemment eux nous connaissent… La petite dame nous prépare quelque chose pour remplir nos estomacs affamés et le monsieur essaye de nous convaincre de rester avec eux pour travailler à la ferme. Les enfants sont partis, les petits enfants ne viennent pas… ils n´ont plus les capacités pour s´occuper de la ferme et du restaurant. Ils nous racontent des histoires de bandits, d´attaques à main armée et de pistolets. Nous passons un très bon moment avec eux mais nous ne pouvons pas rester.

Nous atteignons le village de Rochachi en quelques coups de pédale. Nous demandons s´il n´y aurait pas un endroit qui louerait des « cabanes » pour passer une bonne nuit. « Oui dans deux villages à environ 15 minutes en voiture »… nous passons un village, puis deux… rien… nous demandons à une maison « c´est au moins a deux heures en vélo »… il est 16h30, plein les pattes… nous nous arrêtons dans une ferme pour y camper.

La famille qui nous accueille est très gentille mais un peu curieuse… ils nous observent dans nos moindre gestes… nous avons un peu l´impression d´être des singes au zoo… ils restent sans prononcer un mot à nous regarder. Nous tentons d´entamer la conversation mais ils ne sont pas très loquasses et sommes trop fatigués… ils allument un feu pour que tout le monde se réchauffe et nous cuisinons, avec eux, en silence… une soirée particulière mais finalement pas désagréable.

Cinquième et sixième jour, une pause s´impose

Cette fois-ci il faut qu´on les trouve ces foutues cabanes… nausée, maux de ventre, manque de sommeil… Poupette est cuite.

Fort heureusement c´est après seulement 8 petits kilomètres de descente que nous arrivons, enfin, à Laguna de Haboreachi. Nous louons une petite maison au bord du lac pour quelques pesos. Un bon feu de cheminée, un bon lit… un peu de repos nous fera le plus grand bien. Nous repartirons dimanche matin.

Nous apprenons que nous sommes ici à 2700m, surement la raison du coup de fatigue. Samedi soir tout va beaucoup mieux, nous avons repris des forces pour parcourir les 110km qui nous séparent encore de Creel.

Septième jour, « C´est facile jusqu´à Creel »…

…nous dit le gardien des cabanes, « en deux ou trois heures vous y serez »… il voulait surement dire jours !

Nous partons tôt pour en faire un maximum et être sûr d´arriver demain. La route monte gentiment, puis plus surement jusqu´à Cerrito. Puis nous redescendons et nous préparons pour un passage de col. Lorsque le marquage au sol bleu disant « 5km a M.M » cela indique malheureusement 5km de calvaire… et très certainement 2 à 3 bons kilomètres de « pousse vélo » pour Poupette. Ces marquages sont utilisés pour les courses pour repérer les passages de cols… et nous en croiseront trois aujourd´hui. M.M. ? Merde ça Monte !

Et c´est après ces trois jolis cols, avec fort heureusement des vues spectaculaires, que nous avons finalement fait presque 60km aujourd´hui. Nous ne sommes pas si mécontents compte tenu de la route.

Nous arrivons dans une zone habitée, un ranch semble nous tendre les bras. C´est Elysea qui nous ouvre la porte avec un grand sourire et nous fait entrer. Elle adore recevoir des gens et ne semble pas étonnée de notre visite. Nous passons une excellente soirée auprès d´une cuisinière à bois bien chaude et mangeons pour la première fois les tortilla de maïs bleu.

Huitième jour, Creel, enfin !

Nous sommes déjà dans le parc de la Barranca del Cobre, les vues sont spectaculaires.


Km144 nous partons… km143, 5km a M.M. !!! Déjà ? Le pire col que nous ayons passé, dès le petit déjeuner… km138 nous descendons dans la vallée… km134 nous remontons en direction d´un nouveau passage de col… km131 Poupette abandonne.

Nous sommes encore à 53km de Creel et elle a déjà poussé le vélo pendant 5km ce matin. Jamais elle ne passera ce nouveau col. Nous défaisons le chargement et attendons pour faire du pousse ce qui n´est pas si facile dans cette vallée Tarahumaras… dans les communautés indigènes, ici, nous trouvons que les gens sont un peu fermés, nous n´avons pas eu un contact très aisé avec eux. Ils nous regardent comme des bêtes curieuses…

Une première camionnette passe, ils nous regardent la bouche ouverte et passent… puis une second passe de la même manière. Nous allons galérer.

Nous allions nous remettre en selle lorsqu´une belle camionnette blanche s´arrête. Toute une famille rentre chez elle à Creel et malgré la benne déjà bien remplie, ils acceptent de nous emmener.

C´est donc en pick-up Ford blanc flambant neuf que nous franchissons la ligne d´arrivée. Serions-nous plus doués pour le pousse que pour le vélo ?… à méditer. Nous avons tout de même pédalé 250km en montagne sur cette étape.

La famille loue une jolie cabane sur les hauteurs, nous nous installons donc avec eux. Ils sont absolument adorables.

Creel est un village de taille moyenne entouré d´un décors somptueux, dommage que le tourisme y ait déjà causé des dégâts… « Da me un peso » scandent les petits Tarahumaras lorsque nous passons… Guatemala… Pérou… Bolivie… un air de déjà vu qui nous nous plait pas particulièrement. Dans ces régions dites « indigènes » nous avons malheureusement constaté que les choses n´évolue malheureusement pas. Il y a les « métisses », descendants des Espagnols et puis les « indigènes », pas toujours bien considérés par les premiers… ce qui est dommage c´est que les « indigènes » sont les natifs de ces régions montagneuses, ils continuent à travailler pour les « métisses » pour un salaire minimum, beaucoup mendient ou tentent de vendre quelques produits de leur artisanat aux quelques touristes venant se perdre dans cette région. Le constat est vraiment triste.

Divisadero, le train, le bus ou le stop ?

Pour faire 44km, le billet de train Creel-Divisadero vaut 420 pesos, le billet de bus 70 pesos… « Mais pourquoi ils n´y vont pas à vélo ces fainéants? » se disent-ils de l´autre côté de l´atlantique… J Et Bien parce que ce que nous n´avons pas pu monter aujourd´hui ce n´est rien à côté de la route Creel-Divisadero ! Ce sera donc le bus, enfin… si le chauffeur accepte nos vélos ! « Je ne sais pas, il faudra demander au chauffeur s´il veut bien les prendre » nous a répondu la fille qui vend les tickets…

Demain matin nous partirons donc, en bus ou en stop pour Divisadero quoi qu´il arrive pour aller découvrir la fameuse Barranca del Cobre.

Et c´est depuis la station El Divisadero que nous monterons finalement dans le train « Cheppe » (si nos vélos sont acceptés !)

Quelques infos:

Un bon plan logement à Creel : Cabane toute équipée pour 200pesos la nuit.

Sur la route pour Chihuahua, première à gauche (Tecate à l´angle), à l´abarrote Towy demander pour la cabane verte.

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Catégories : Amerique centrale, Destinations, Mexique | Un commentaire

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Une réflexion sur “Le dur et long chemin vers Creel

  1. De Giuli

    effectivement vous êtes un peu des étranges phénomènes non? Hi Hi…..

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