Cuatro Ciénégas – Parral, entre désert et ranchos

2013-03-08_134448Le désert, le vrai. Celui où seuls quelques ranchs abandonnés subsistent encore, quelques vaches cherchant un coin d´ombre et surtout de l´eau… et elles ne sont pas les seuls. Ici, pendant des kilomètres de sable, de roches et de cactus il n´y a pas âme qui vive. Les lacs indiqués sur la carte sont secs depuis bien longtemps, les ranchs ont été désertés, des ossements de vaches gisent dans le sable, tout ici inspire la mort et pourtant ces paysages de roche et de poussière nous fascinent toujours autant. Nous allons tenter de le traverser mais on ne brave pas le désert Mexicain… heureusement pour nous grâce à la gentillesse et l´hospitalité des Mexicains du nord et leurs « dios les bendiga » quotidiens, l´aventure à vélo se poursuit mieux que bien.

Jour 1 : en route pour Ocampo…

Voilà, nous avons bien profité de Cuatro Ciénégas mais il faut reprendre la route. Direction Ocampo, plus au nord. Après avoir passé 5km de col dans la sierra, la route est un peu longuette, toute droite avec un léger faux plat pendant 40km. Le soleil ne nous épargne pas, à 12h nous nous mettons à l´ombre sous un abri de bus de fortune qui tombe à point nommé. Puis enfin nous arrivons à Ocampo et entrons par la « porte du désert », au loin, dans les montagnes nous observons déjà ce qui nous attend demain : un horrible chemin de caillasse qui n´en finit pas de monter…

Nous faisons quelques provisions et partons donc faire quelques kilomètres pour chercher un endroit où camper. Nous demandons notre chemin dans le village, un vieux vaquero nous indique la route, il a l´air surpris que nous partions par là. A la sortie du village on nous indique un grand parc, La Mota, où nous pourrons camper. Un local nous fait signe de le suivre pour nous montrer l´entrée, ça grimpe déjà dur par ici ! Nous arrivons au parc mais le gars en question n´a pas l´air tranquille… il nous dit que c´est dangereux, qu´on va se faire braquer, tout ça avec une forte haleine de Tequila… nous ne sommes pas très rassurés par son comportement. Nous attendons qu´il s´en aille et allons monter le campement bien caché derrière un gros arbre. De la route personne ne peut nous voir.

Jour 2 : le désert… sauvés par Hercules…

Poupette a très mal dormi avec ces histoires de braquages… en plus vers 3h du mat une voiture est venue dans le parc et a roulé au pas pendant une bonne demie heure… nous a-t-on cherchés ? Bref la journée s´annonce difficile.

Nous attaquons une horrible route de caillasse… première chute de Poupette au bout de 100m… ça grimpe, il fait chaud, c´est une horreur, « pura loma » comme ils disent ! Nous faisons péniblement les 7 premiers kilomètres… en 1h30… et arrivons à un ranch totalement abandonné. Les bâtiments en adobe commencent à redevenir poussière. Quelques vaches passent, surement à la recherche d´une goutte d´eau. Nous repartons pour la grimpette… pendant des heures, nous n´avançons pas. Il est 16h lorsque nous arrivons à un autre ranch nommé « El gato », abandonné aussi, une tête de vache morte gis, la cuve d´eau est vide … et nos réserves s´amenuisent. Pas le choix, il faut poursuivre jusqu´au Rancho San Juan que l´on nous a indiqué.

Nous sommes dans le vrai désert… il n´y a pas un chat par ici. Des montagnes recouvertes de sable et de cactus et des ranchs abandonnés c´est tout. Un véhicule passe environs toutes les demi-heures, au pire nous lèverons le pousse. Il est 17h25, nous avons fait 25km quand une camionnette s´arrête.

« Vous allez où comme ça ? »

« Au rancho San Juan, on n´a presque plus d´eau »

« Mais après ? »

« Ben au prochain village »

« Mais il n´y a rien ici, pendant des kilomètres. Montez on vous emmène ! »

Nous mettons les vélos dans la remorque et embarquons. Dans la voiture, à l´avant il y a Pancho, Natos et César et à l´arrière cinq jeunes avec leurs valises. Ils partent travailler à Hercules, une énorme mine de fer située à 4 heures de route dans le désert.

Notre carte indiquait pourtant des villages… abandonnés… un lac… desséché… Les sources se sont taries, lorsque l´on creuse on trouve soit du sel, soit du souffre nous dit Natos. Bref, les suivre jusqu´à la mine semble notre meilleur option. Nous dormirons donc à Hercules ce soir.

Hercules, 3.600 mineurs qui vivent là toute l´année… un condominium géant avec de petites maisons mitoyennes, une école, un hôpital, une cantine… le tout financé par l´entreprise. Les mineurs sont logés, nourris et blanchis s´ils acceptent de venir travailler à l´extraction du fer dans cette immense mine. Un autre monde. C´est couvert de poussière et exténués que nous arrivons et dormons dans l´unique hôtel situé à l´entrée d´Hercules, en plein désert. Un petit air de Dubaï, non ?

Jour 3 : maudit vent…

Pancho nous dépose le matin au bout des 70km de chemin de terre reliant Hercules à la route. Asphalte, nous t´aimons. Nous nous retrouvons à un poste de contrôle routier et demandons un peu d´eau (l´eau encore et toujours… pourquoi ne sommes-nous pas nés chameaux ?). Des gens attendent dans leur voiture et sont intrigués. La femme parle Français, elle est avec son mari et une amie et nous explique qu´il vont vendre des vaches à la frontière Mexicaine-USA. Ils nous offrent du café, des gâteaux et nous demande même si nous avons suffisamment d´argent ! Nous devons vraiment avoir l´air de deux vagabonds avec nos affaires toutes poussiéreuses. Au moins on ne se fera pas braquer avec cette allure-là ! Le vent est déjà bien levé…

Nous sommes à 60km du croisement avec la route pour Jimenez, il est 11h30, Poupette a faim, on nous a indiqué un resto a 15km, alors on ne traine pas. Le vent souffle face à nous… 15km… rien… 20km… rien… 23km… tient un resto ! Nous sommes affamés, il est 13h43 et là c´est le drame… « j´ai plus rien à manger, les camionneurs sont déjà passés » nous dit le gérant. Il est fou lui ? Il lui reste quelques sandwichs mortadelle-mayo… nous devrons nous en contenter. Et ce vent qui s´intensifie… Poupette demande au fou s´il y a un autre restaurant ou ranch sur la route : « oui, à 18km ». Ce sera notre objectif pour aujourd´hui, il est déjà tard.

Nous repartons, et ça souffle… nos vélo sont tanto freinés, tanto ballotés par des rafales chaque fois plus fortes. Nous sursautons chaque fois qu´on véhicule nous dépasse car nous ne l´entendons même pas arrivés. Nous luttons dans cette montée interminable vers la Sierra. Nous avançons à 8km/heure… et nous n´avons bientôt plus d´eau avec ce vent qui nous dessèche et le soleil qui nous brûle la peau. Il faut atteindre le kilomètre 18. Km18… rien…km17… rien… km16… km15… rien… km14… il semble que… mais oui… des bottes de paille fraiches, une chapelle, une jolie maison, c´est un ranch ! Nous franchissons les portes grandes ouvertes du ranch Santa Martha où nous sommes accueillis chaleureusement. Les deux frères nous offre de l´eau, des œufs frais et un endroit où camper à l´abris du vent et surtout de la route. On ne cesse de nous répéter que la route n´est pas sure… nous sommes à Chihuahua, le plus grand état du Mexique mais surtout celui qui a la plus mauvaise réputation.

Jour 4 : un jour parfait…

Nous n´avons pas très bien dormi. Les coyotes ont attaqué le poulailler et les chiens ont aboyé toute la nuit. Heureusement ce matin un joli ciel un peu couvert et pas de vent, nous allons pouvoir profiter de la fraicheur de quelques belles descentes vers le croisement avec la route pour Jimenez que nous atteignons en moins d´une heure.

Nous n´avons plus de provisions alors il nous faut atteindre un village pour midi. Le prochain est à 10 ou 30km selon les deux agents qui étaient au croisement… ils ne savent pas trop en fait, comme toujours ! Nous roulons à bonne allure sur la route 69 et c´est au km26 que nous trouverons notre refuge pour les heures chaudes du déjeuner.

Chez Doña Maria, au petit village de Porvenir nous mangeons comme des ogres. Enchiladas pour Chou et œufs brouillés au Chorizo pour Poupette… les assiettes sont monstrueuses et délicieuses. Le vélo ca a du bon !

Nous reprenons la route, le ciel s´est découvert et le soleil nous accompagne. Les températures montent. Nous nous arrêtons au km45 à l´ombre d´un ranch pour demander de l´eau. Le patron nous propose de venir manger (ils veulent tous nous nourrir ici !), nous déclinons l´invitation. Puis il nous dit « si vous voulez vous pouvez passer la nuit ici, il y a une petite maison avec une salle de bain et une cuisine, vous pourrez vous reposer »… nous avons déjà fait 50km aujourd´hui et une proposition pareil ne se refuse pas ! Nous restons donc chez cet éleveur de chevaux de courses et cultivateur de noix bien sympathique. Une bonne douche, un bon lit et un bon repas que demander de plus ?

Jour 5 : le vent, encore et toujours…

Il a soufflé toute la nuit… et au petit matin il persiste… encore ce vent qui vient toujours dans le mauvais sens. Tu ne pourrais pas nous pousser plutôt ?

Nous pensions faire les 35km jusqu´à Jimenez en 2h… nous mettrons 3h30… en vitesse 1 tout du long… un calvaire. Nous finissons par préférer le chemin de terre en contrebas plutôt que de nous faire balloter par la route et les appels d´air des camions qui nous doublent plus ou moins correctement…

Enfin Jimenez, nous avons faim. C´est restaurant El Cazador que nous entrons et déjeunons un plat géant… enfin un peu de réconfort. Il Nous reste maintenant 75km pour rejoindre Parral, nous y serons demain.

L´après-midi est plus agréable mais la matinée nous a quelque peu vidés… nous nous arrêtons de bon heure et c´est au poste de « contrôle bovin et forestier » que nous passons la nuit avec Ascension, le gardien des lieu. Il nous offre un lit, du café et une bonne douche glacée. Décidemment nous sommes plutôt chanceux.

Jour 6 : enfin arrivés…

56km c´est ce qu´il nous reste à parcourir jusqu´à Hidalgo del Parral. « C´est tout en descente » nous avait dit Ascension. Mouais… avec un moteur V8 peut-être que tout peut paraitre en descente… en vélo c´est une autre histoire. Sur les 56km il y aura exactement 4km de descente… le reste ? Entre faux plat et franche montée, nous arrivons péniblement au km6… et là ? C´est l´apothéose ! La montée finale vers la ville est un calvaire long de 5km… mais nous vaincrons !

Après deux semaines de routes de campagnes et de petits villages, l´arrivée dans une ville de plus de 50.000 habitants est un peu difficile… du bruit, des voitures, des gens… partout !

Nous nous installons à l´hôtel San Miguel pour nous remettre de notre aventure, nous repartirons lundi pour nous lancer dans les flancs de la Sierra Madre.

Alors, Chihuahua dangereux ou pas ? Nous en tous cas nous n´avons croisé que des personnes adorables et toujours prêtent à nous aider. Sur la route tout le monde nous salut en passant, dans les villages nous sommes toujours accueillis avec surprise et intérêt et nous n´avons jamais eu de mal à trouver un lieu pour passer la nuit. Le nord du Mexique gagne vraiment à être découvert et contrairement aux idées reçues, non, il n´y a pas un Mexicain narcotrafiquant caché derrière chaque cactus prêt à nous attaquer !

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Catégories : Amerique centrale, Mexique | 5 Commentaires

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5 réflexions sur “Cuatro Ciénégas – Parral, entre désert et ranchos

  1. françois

    Je vois que vous prenez goût au vélo : bientôt, vous allez revenir faire les Andes.
    Faites donc des réserves d’eau : pour aller à San Pedro, j’avais 9 litres d’eau.

    Je vous embrasse

    François

  2. Desormiere

    Yes les amigos suis fier de vous . Bisous mouillés

  3. Flanchec Adeline

    Dommage que je ne puisse pas vous envoyer par moment un bon petit crachin breton!

  4. Ronez

    Aie Aie Aie, rien qu’à vous lire, j’ai la soif, mal aux jambes et aux fesse (la selle est trop dure!) et un peu la trouille de me faire bouloter par un coyotte ! Mais ca vaut le coup !!
    Des bisous les cyclodingos !!!
    Elsa, une fausse aventurière comparée à vous !!

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